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Scandale à la Pharmacie centrale de Guinée : le DG Labilé Sagno et 9 cadres écroués par la CRIEF

Sous le coup d’investigations pour de graves anomalies financières, des marchés douteux et une gestion calamiteuse des stocks, le directeur général de la Pharmacie centrale de Guinée (PCG-SA) et neuf de ses collaborateurs ont été placés sous mandat de dépôt par le parquet spécial près la CRIEF.

​L’affaire qui secoue la Pharmacie centrale de Guinée (PCG-SA) franchit un cap décisif. Mis en cause dans une série de dysfonctionnements présumés au sein de la société publique, le directeur général, Labilé Sagno, ainsi que neuf hauts responsables et cadres de l’entreprise ont été formellement écroués.

​Outre le directeur général, la mesure d’incarcération touche :

  • ​Adama Bakary Keita, directeur général adjoint
  • ​Mame Étien Donamou, directeur financier et comptable
  • ​Saloum Condé, directeur des opérations
  • ​Bakary Camara, chef du département du capital humain
  • ​Dramadou Condé, comptable
  • ​Himy Touré, chef du département de la production
  • ​Néné Issa Diallo, département assurance et qualité
  • ​Bangaly Mara, chargé des approvisionnements pharmaceutiques
  • ​Bakary Tambadouno, auditeur interne
  • ​Kadiatou Dème, responsable des marchés publics

​Tous sont visés par des enquêtes portant sur des soupçons de détournement de deniers publics, des passations de marchés d’emprunt suspects et des défaillances majeures dans la chaîne de traçabilité des médicaments.

​La procédure a pris de l’ampleur le 14 octobre 2026, lorsque le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a saisi l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF).

​Cette saisine faisait suite à un signalement de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG), mettant en lumière de lourdes irrégularités financières, comptables et opérationnelles au cœur du système d’approvisionnement en santé du pays.

​Des pertes vertigineuses : plus de 100 milliards GNF en 2025

​L’instruction judiciaire dessine le portrait d’une entreprise publique en pleine déconfiture financière. Alors qu’elle affichait un bénéfice de 2,8 milliards GNF en 2024, la PCG-SA a sombré en 2025 avec une perte nette colossale de 100,68 milliards de francs guinéens. Ce déficit s’explique notamment par une marge commerciale négative établie à 62,23 milliards GNF. Entre février et mars 2026, un inventaire de l’ANLC-PBG a révélé la présence de produits détériorés ou périmés d’une valeur marchande de 85,67 milliards GNF (bien au-delà des 47,3 milliards reconnus dans le rapport de gestion). À elle seule, la kétamine représente 24,15 milliards GNF de pertes, soit plus de 28 % des produits gâchés.

​Grés à gré, surfacturations et livraisons douteuses

​L’enquête braque également ses projecteurs sur les procédures d’attribution des marchés publics :

  • ​Attributions de gré à gré : Entre 2021 et 2022, de nombreux contrats d’achat de produits médicaux auraient été passés hors de tout cadre concurrentiel et sans autorisations préalables.
  • ​Fournisseurs dans le collimateur : Cinq sociétés (Kinapharma, Pharmanova, Nazounki, Entrance et Medinex) sont citées pour avoir livré des produits arrivés à péremption entre 2022 et 2023.
  • ​Infrastructures gonflées : Le chantier de rénovation et de construction de l’entrepôt de Boké, d’un montant de près de 8,9 milliards GNF, fait l’objet de fortes suspicions de surfacturation.

​Failles de sécurité et crise de trésorerie

​Au-delà des montants financiers, ce sont les conditions mêmes de conservation de la santé publique qui alarment la justice. Des lots de médicaments périmés auraient été entreposés au même endroit que des produits destinés aux malades. À Manéah, des stocks impropres à la consommation auraient même été laissés à l’air libre avant leur destruction. Les enquêteurs notent des discordances flagrantes entre les numéros de lots réels et les documents administratifs, ainsi qu’une absence récurrente de fiches de stock. Alors que la PCG-SA réclame 46,6 milliards GNF d’impayés au ministère de la Santé, le délai moyen de paiement de ses propres fournisseurs s’est envolé pour atteindre plus de 1 000 jours en 2025 (contre 567 jours en 2024).

​Il convient de souligner que les investigations ordonnées par le parquet spécial visent à faire la lumière entre fautes de gestion administrative et infractions pénales caractérisées. L’ensemble des prévenus reste présumé innocent à ce stade de l’instruction.

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